THE CRACK / LA FISSURE (2024) dessin puzzle de 180 X 135 cm, réalisé pour l’exposition L’horizon des évènements
Notre vie est faite d'instants, de moments et chacun compte mais certains plus que d'autres : les évènements. Quand celui-ci est heureux, son souvenir est doux et il suffit de l'évoquer pour illuminer le mur de notre chambre intérieure. Quand l'évènement est trop dur à traverser ; son fantôme nous bouffe, nous engouffre.
La fin d'une histoire d'amour est l'un de ces tragiques évènements. Plus l'histoire d'amour a été vraie, intense, puissante, plus sa fin sera inacceptable, inenvisageable. Cela crée alors une singularité dans notre vie et pour pouvoir avancer, il nous faut la traverser. A l'instar de la fin de vie d'une étoile, si celle-ci est trop massive, elle s'effondre sur elle-même, produisant ainsi une singularité gravitationnelle, autrement dit, un trou noir : un objet si compact que l'intensité de son champ gravitationnel empêche toute forme de matière ou de rayonnement de s'en échapper. Cet objet/non objet, événement/non-événement est si puissant qu'il nous attire irréversiblement en son sein, si nous ne sommes pas à une certaine distance.
L'horizon des événements désigne cette frontière au-delà de laquelle rien, pas même la lumière, ne peut échapper à l'attraction gravitationnelle d'un trou noir. Cet horizon est une mort, un point de non-retour, l'irréversibilité même. Cela fait peur mais l'on ne peut y échapper. On peut choisir de ne pas voir arriver cette vague scélérate, elle fonce droit sur nous de toute façon. On peut aussi l'affronter, ce qui, en réalité, est la seule façon de la passer.
J'ai choisi de dessiner ce passage obligé, pour déjouer ses propres empêchements, ses propres peurs. L'horizon des événements, c'est le temps qui passe, c'est la fuite en avant irréversible, malgré la mort, malgré la fin de tout, ou devrais-je dire grâce à la fin de tout. La fin, c'est la lumière qu'il nous faut, c'est notre guide dans l'effacement du tout. Nous somme faits de lumière, nous sommes faits de fin. C'est LE paradoxe inhérente à toute forme de vie, finir pour commencer et voir le temps pour ce qu'il est, c'est à dire une espace, une surface.
Notre propre fin est en nous, c'est notre trou noir qui nous consomme, jour après jour, minute après minute, seconde après seconde, et c'est exactement ce qu'il nous faut, car sinon nous serions sans limites, infinis, dispersés, abstraits.
La fissure est aussi ce fameux trou noir invisible qui peut séparer deux vies, deux êtres qui s'aiment mais qui n'ont d'autre choix que de se quitter pour avoir la possibilité de continuer, de se retrouver (d'abord soi-même).
Seule une petite herbe verte fait le lien entre le vêtement de l'un et le sweat rose fluo de l'autre.